De l'universalité et de la défense de la langue française
AVERTISSEMENT :
Le présent document est une citation extraite de l'ouvrage de Michel Mourlet,
Les maux de la langue, paru aux éditions Valmonde-Bartillat en 1996
avec le numéro ISBN 2-86401-046-1. Sous-titré de A à Z, les bons
et mauvais usages de la langue française, ce petit livre comporte
notamment une centaine d'articles fort instructifs sur des mots et expressions
trop souvent employés fautivement. L'article cité ici est d'une autre teneur
et forme un excellent exemple de l'état d'esprit de ceux qui cherchent à
« sensibiliser l'usager aux périls qui menacent notre principal moyen de
communication ».
Rivarol
À la saison ensoleillée où les activités se
ralentissent, une halte dans la chasse aux incorrections pourrait se révéler
profitable. Ne fût-ce, par exemple, que pour relire le célèbre Discours de
l'universalité de la langue française que Rivarol écrivit en réponse aux
trois questions posées en 1783 par l'Académie de Berlin : « Qu'est-ce qui a
rendu la langue française universelle ? Pourquoi mérite-t-elle cette
prérogative ? Est-il à présumer qu'elle la conserve ? »
Ces pages admirables nous remettent en
mémoire que dans l'Europe cultivée, il y a deux siècles, personne n'aurait
contesté cette assertion : « Si l'anglais a l'audace des langues à inversion,
il en a l'obscurité, et (...) sa syntaxe est si bizarre que la règle y a
quelquefois moins d'applications que d'exceptions.»
Au contraire, poursuit Rivarol, « le
français, par un privilège unique, est seul resté fidèle à l'ordre direct,
comme s'il était tout raison ; et on a beau, par des mouvements des plus variés
et toutes les ressources du style, déguiser cet ordre, il faut toujours qu'il
existe ; et c'est en vain que les passions nous bouleversent et nous
sollicitent de suivre l'ordre des sensations : la syntaxe française est
incorruptible. C'est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle
de notre langue. Ce qui n'est pas clair n'est pas français ».
Un tel hommage rendu à notre langue
justifierait à lui seul tous les efforts entrepris pour la défendre.
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